31 octobre 2009
les animaux de ma mère...
Il y avait bien longtemps que je n'avais pas parlé de ma mère.. C'est en regardant mes animaux vivre que je me suis souvenue de mon enfance chaotique...
Quand j'étais très petite, jusqu'à 4 ans, nous vivions dans une pièce cuisine, au fond d'un jardin. Crise du logement après la guerre!
Mais jardin.. donc, une chatte et un chien.
La chatte a fait ses petits dans mon lit ou presque, du moins, elle me les amenait régulièrement. Comment voulez-vous qu'une certaine fraternité ne se créé pas entre les chats et moi?
Quant au chien, ineffable ratier, je mangeais ses nouilles dans sa gamelle, assise par terre à côté de lui....Il ne m'a jamais repoussée ou montré les dents... Comment voulez vous que je n'aime pas les chiens?
Mais, chose curieuse, quand nous avons déménagé pour le Doubs, nous n'avons emmené ni le chien, ni la chatte, je ne sais pas ce qu'il est advenu de Pataud le chien, mais pour la Minouche, c'est ma grand mère qui s'en est chargée. Pourquoi? Pas d'explication...
Nous avons de nouveau eu un chat, lorsque Minouche a fait des châtons en Champagne (jeu de mot...)
Donc, arrivée de Titi, inégalable camarade, auquel je mettais des bonnets, que je couchais dans le lit de poupée, et attendait ainsi patiemment que je rentre de l'école.
Comme nous avions un très long couloir au milieu de l'appartement, un de mes jeux favoris était de mettre le chat dans une boîte en carton et de le trainer derrière moi.
Mon père avait ramené un chien, une superbe Groendhal, Kappi (Hector Malot avec nous..) qui aboyait haut et fort pour défendre la maison.
Et nous avons encore déménagé, pour la Lorraine, cette fois, et si nous avons emmené le chat, la chienne est restée à Besançon.. Je n'ai jamais su où...
J'avais repéré, dans un restaurant de Sarrebourg, où nous vivions, que la chienne de l'établissement allait avoir des petits. Et du haut de mes huit ans, j'ai retenu un chiot, et quand il a eu deux mois, je l'ai ramené dans mes bras jusque chez moi.. Et ce n'était pas la porte à côté!
Bouboule, aimable bâtard frisé que j'ai nourri au biberon et à la bouillie...
Mais deux ans plus tard, nous avons déménagé, direction la Belgique, et encore une fois, disparition du chien! Toujours sans explication...
On avait toujours le Titi, mais plus de chien.. Mon père a acheté alors une chienne sublime, un berger malinois, à la robe feu et au museau noir. Il m'avait laissé la choisir, et j'adorais cette bête.
Par contre, je ne sais pas pourquoi, ma mère la détestait...
De toutes façons, son rêve à elle, c'était d'avoir un caniche.. On lui a donc offert une caniche, noire, fûtée et gentille comme tout. Bref, chacune son chien!
Sauf que je suis allée passer quelques jours de vacances chez mes grands parents, et quand je suis rentrée, j'ai appris qu'on avait donné ma chienne... parce que m'a dit ma mère " elle est idiote".
Chagrin immense.. On m'avait dit qu'on l'avait donnée à quelqu'un dans la ville voisine.. J'y allais régulièrement, à pieds, et je l'appellais dans toutes les rues.. je pense qu'on a dû me prendre pour une folle!
Mais je ne l'ai jamais retrouvée...
12 avril 2009
Nez
J'ai un nez.. Vous me direz que tout le monde en a un! Mais le mien est d'une grande puissance! Je repère une petite mauvaise odeur très rapidement, ou bien un parfum quelconque peut faire remonter des souvenirs enfouis... Le métro ou le bus sont pour moi source de souffrance, tant les odeurs y sont puissantes.. Incroyable le nombre de gens pour lesquels les mots savon, dentifrice ou parfum sont inconnus. Et encore, pour le parfum, il y en a qui me sont insupportables...J'avais une amie qui portait Paris d'Yves St Laurent. Je n'ai jamais osé lui dire que premièrement, il ne lui allait pas, et que deuxièmement, être dans la voiture avec elle et son parfum me provoquait des nausées...
Ce matin, j'ai lu un article dans le Nouvel Obs sur le Parfum N°5 de Chanel...
De temps en temps, je vais en respirer l'odeur chez les parfumeurs.. c'est l'odeur de ma mère. c'était son parfum préféré. Parfum de brune, et ma mère avait l'oeil et le cheveu noirs...
Impossible de porter ce parfum là, moi qui ai une peau de rousse sur laquelle la plupart des parfums se transforment en une horrible odeur de mauvaise savonnette!
Après la mort de mon père, les moyens financiers de ma mère ont considérablement baissés, mais elle a refusé de réduire son train de vie, elle a continué à habiter seule dans sa maison de six pièces, qu'il fallait chauffer, dont il fallait payer les factures d'électricité, d'eau, de gaz, les taxes foncières.... Bref, un gouffre pour quelqu'un dont les revenus étaient en dessous du SMIC.
Je jonglais donc, avec ma paie et la sienne, pour lui maintenir une vie qui ressemblait un peu à celle qu'elle avait connue.
Mais il y avait longtemps qu'elle avait perdu toute notion quant à la valeur de l'argent, mon père l'ayant infantilisée au delà de toute mesure.
Un jour, elle me dit " il faut que tu m'achètes de l'eau de Cologne".
Je suis donc allée lui acheter de l'eau de Cologne. Je n'ai pas pris du bas de gamme, sachant qu'elle ne la prendrait pas, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle m'envoie promener avec ma bouteille...
Elle s'est mise en colère, et est allée chercher sa bouteille de N°5, et est revenue en me disant : "c'est ça, l'eau de Cologne..."
Et, en fille obéissante, je suis allée acheter du N°5 de Chanel...
Une semaine de nouilles pour nous, en attendant d'éponger le trou dans le budget...
18 novembre 2008
Valenton
J'ai vu récemment, un reportage sur Guillaume Depardieu, à l'occasion de son amputation, et il a fait un séjour en rééducation à Valenton. Ce qui a fait resurgir des sensations que je croyais enfouies.
En 1986, il y a eu la naissance de ma fille, mais aussi l'amputation de ma mère.
Ma mère passait son temps à voir le médecin, car elle avait toujours mal quelque part, elle voyait le médecin, m'envoyait chercher les médicaments, et ne les prenait que deux jours, puis oubliait de les prendre, appelait le médecin, m'envoyait chercher les médicaments...
Et un soir, elle s'est plainte du pied, mais cette fois, ça avait l'air sérieux. On a appelé le médecin en urgence, et là, il a fallu l'hospitaliser, le pied était glacé. Crise d'artérite, que le docteur n'avait pas vue venir!
A la clinique, le chirurgien a tenté un pontage, mais ça n'a pas suffi, la température montait, ma mère délirait, et bien sûr, dans ses délires, c'est moi qu'elle insultait. Mal vécu cette période!
Il a fallu prendre la décision de l'amputation, tout en sachant que ma mère deviendrait sans doute encore plus infernale avec une jambe en moins.
Amputation sous le genoux, donc, possibilité de rééducation et d'une jambe artificielle. Par conséquent, Valenton.
Mais il n'y avait pas de place, elle a dû rester longtemps à la clinique, et comme ce n'était pas une cliente facile, les infirmières m'ont remerciée de l'emmener.. Ma mère n'a jamais supporté qu'on s'occupe de quelqu'un d'autre qu'elle!
Valenton est un bel endroit, au milieu d'un parc, les salles et les installations sont lumineux, il y a une grande piscine, et le personnel est d'une grande gentillesse et d'une grande patience.
La surprise c'est qu'il y a surtout des jeunes qui sont en rééducation : à cause des accidents de la route.
Ma mère était donc la plus agée du lot. Et comme elle n'a jamais aimé se faire mal, elle est restée plus longtemps que prévu, car elle refusait les exercices, disait que la jambe artificielle la faisait souffrir, ce qui était probablement vrai...Bref, elle s'est surtout bien adaptée au fauteuil roulant!
Mais nous avons fini par la ramener dans sa maison. Il a fallu adapter le terrain au fauteuil roulant, elle a dû se forcer à mettre sa jambe artificielle pour sortir, et le problème c'est que les différentes anesthésies, plus les séjours prolongés en dehors de chez elle ont accentué son début d'Alzheimer.
Elle passait son temps à nous téléphoner, pour demander la même chose à différents moments de la journée, ne se souvenant plus qu'elle l'avait déjà fait. Ce qui a provoqué l'achat d'un répondeur, car on n'en pouvait plus de l'entendre dix fois réclamer une baguette...
Ce fut une période difficile, entre une mère amputée qui perdait la tête, deux ados qui avaient besoin qu'on s'occupe d'eux, et un bébé.. Plus la gestion de deux maisons et un travail à plein temps. C'était sans doute trop lourd pour le mari qui a commencé à cette époque là à voir si les prés étaient plus verts ailleurs...
05 novembre 2008
Cimetières
Novembre et ses chrysanthèmes, ses cimetières.. Je fais la tournée des tombes comme d'autres font la tournée des bistrots. On arrive à un âge où de votre famille, il ne reste que des pierres tombales..
Hier, Romilly sur Seine, et cet abominable cimetière sur la colline, en plein vent. Pas un arbre, pas un buisson, que des stèles serrées les unes contre les autres, au moins elles se tiennent peut-être chaud.
Aujourd'hui, la tombe de mes parents.. Même décor, triste tristesse...Heureusement, en cette saison, il y a des fleurs...
Lorsque mon père est mort, ma mère est partie dans un délire dispendieux: il fallait une grande tombe pour cinq... Pas seulement pour elle et mon père, mais aussi pour moi et mes fils...
Le chèque que j'ai fait ce jour là m'est resté dans la gorge, mais comme je n'ai pas su lui dire non, dans ces circonstances, j'ai payé!
Et maintenant, quand je regarde cette tombe, je me dis que je n'ai aucune envie d'être là, d'abord, parce que je ne voudrais pas interrompre leur intimité, mais aussi l'idée d'imposer à mes enfants de venir dans cet endroit lugubre me fait bondir!
Donc, il va falloir trouver d'autres solutions.. Enfin, une autre solution, car je n'aurai pas plusieurs choix.. On ne vit qu'une fois, contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire!
Dans mes rêves les plus fous, je vois bien mes cendres répandues dans le port de New York où j'ai tant aimé...Sur la plage de Graye, là où sont les plus beaux ciels du monde?
Dans mon jardin, au milieu de mes fleurs, en mai, lorsqu'il est le plus beau?
Voilà des questions d'automne! Ah la Toussaint! ses rites! Et je n'ai pas fini ma tournée des cimetières...
12 octobre 2008
Beatrix ou Béatrice?
Amiens, 1909, naissance de la petite Béatrice, qui se fera appeler toute sa vie Béatrix...Premier de ses mensonges..
Et le plus étonnant, c’est que toutes les mairies et tous les organismes officiels vont écrire Béatrix sur ses papiers, alors qu’il aurait suffi de lire son extrait de naissance pour voir qu’il y avait tricherie!
Mais autrefois, on se contentait d’envoyer un papier dactylographié indiquant votre lieu de naissance et le nom de vos parents. si bien que je n’ai découvert la supercherie qu’en demandant son extrait de naissance à la mairie d’Amiens! Or, maintenant, les administraitons envoient une photocopie du registre des naissances. Donc, à ma grande stupéfaction, Béatrix est redevenue Béatrice.
D’où a bien vu venir cette idée? Dans une famille où l’on savait à peine lire et écrire, où l’école était en option et la mise au travail une exigeance pour cause de survie, je doute que quelqu’un ait lu Balzac!
Déjà un jeu de mot sur Béa triche? Douteux également, l’humour non plus n’était pas au menu des repas quotidiens...
Ou bien encore un coup de l’accent ch’ti? Béatrice en ch’ti, ça donne Béatriche, donc, pour éviter le che disgracieux, on enlève le c et on met un x?
La vie de ma mère est une longue suite de tricheries et de mensonges. Diable, elle a commencé tôt!
05 octobre 2008
Qui es tu, Maximilien Caron?
Magnifique ensemble, à la fois Robespierre et Beaumarchais, tout le 18°siècle, si cher à mon coeur...
Donc, Maximilien Caron, c'est l'homme auquel je dois mon acte de naissance, puisque c'est lui qui m'a déclaré à la mairie...Or, personne ne peut me dire de qui il s'agit, puisque tous les protagonistes de l'affaire ne sont plus, et que l'homme en question, s'il est encore vivant, doit avoir dans les 90 ans... Je l'ai cherché sur internet, dans les sociétés de généalogie, mais pas de Maximilien Caron.. Et le nom est tellement beau que je commence à me demander s'il ne s'agit pas d'un personnage fictif, et si toute mon existence ne serait qu'un décor en trompe l'oeil!
Quoi! Pas un de mes parents pour déclarer ma naissance? Qui es-tu, Maximilien Caron, qui m'a donné une vie, un nom, une existence légale?
Si quelqu'un connaît un Maximilien Caron, qu'il le dise...